14 décembre 2000 : un réacteur d'Airbus en feu dans le vol Toulouse-Paris :

 

"Les hôtesses servaient le petit déjeuner quand quelques personnes assises près des hublots ont constaté que le réacteur droit prenait feu. On a ressenti une légère vibration puis une plus forte. L'avion a ralenti. Les flammes se sont éteintes, puis sont revenues. Une hôtesse est venue vérifier. Le pilote a sûrement réussi à couper le moteur. La distribution du petit déjeuner a été interrompue. On nous a demandé d'attacher nos ceintures durant tout le vol. Le commandant nous a donné quelques informations, dans un jargon un peu technique, pour ne pas susciter la panique".

A l'instar des autres passagers, Guy, un enseignant toulousain, a vécu quelques sueurs froides hier matin. Le vol AF 6101 assurant la navette Toulouse-Paris était complet. L'Airbus A 320 avait décollé à 6 h 30 quand il a été victime, vingt minutes plus tard, de cet incident assez rare.

"Ce problème n'a duré que quelques instants, mais ils m'ont paru longs. On a tous en mémoire le crash du Concorde. Certains passagers ont pris ça à la rigolade, d'autres ont fait comme si de rien n'était. Mais certains étaient visiblement stressés", relate le Toulousain.

Si la peur s'est atténuée avec l'extinction des flammes, une légère appréhension a perduré pendant tout le vol: "On a volé à allure réduite, avec un bruit rauque permanent, inhabituel, et une odeur de brûlé. Même si le commandant de bord nous a fait sourire en disant "on devrait atterrir à telle heure", ça fait un peu drôle de voir les pompiers entourer l'avion sur la piste. Et nous aurions apprécié, à l'arrivée, qu'on nous prenne à part dans un salon, pour qu'on puisse en parler, "dédramatiser". Encore un peu retourné, Guy a d'ailleurs avancé son vol de retour, hier, pour ne pas voyager de nuit.

" PAS BANAL"

"Ce n'est pas exceptionnel, mais ce n'est pas banal" commente Air France.
"En fin de montée, l'avion arrivait à une altitude de croisière, quand le moteur n'a pu délivrer toute sa puissance. L'anomalie n'a pu être décelée au décollage. Effectivement, certaines pièces ont vibré un peu fort et ont causé un bruit sourd. Les flammes s'expliquent facilement : le kérosène, qui était en alimentation maximale, ne s'est pas transformé en énergie. Ne pouvant être consommé, il s'est échappé" confirme le service de presse.

Le pilote, entraîné, a appliqué la procédure habituelle. Il a réduit la puissance du moteur. A l'approche d'Orly, il a tenté de relancer le réacteur. En vain. Les indicateurs du cockpit l'ont confirmé. Il a donc atterri sur "un moteur et demi".

Dans la journée, les services de maintenance d'Air France ont changé le moteur, pour ne pas immobiliser l'avion. Le réacteur défectueux, lui, sera examiné pour tirer les leçons de l'incident. Même s'il a été, selon Air France, "plus impressionnant qu'inquiétant".

Pas sûr que tous les passagers aient été aussi sereins.

J.-F. LARDY-GAILLOT.